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Du fantasme moderne : fétichiser l'IA, fétichiser l'Autre

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fetichisme moderne

Dans une époque marquée par l'accélération technologique et la fragmentation sociale, un même réflexe profond semble s'imposer : réduire la complexité pour mieux la contenir. Qu'il s'agisse de l'intelligence artificielle, des identités sociales ou des communautés perçues comme étrangères, notre tendance moderne est de fétichiser ce que nous ne comprenons pas. Et cette fétichisation n'est pas anodine : elle traduit une volonté de contrôle sur un monde devenu insaisissable.

Le besoin de figer ce qui bouge

L'IA, dans l'imaginaire collectif, n'est plus seulement un outil. Elle est oracle, menace, solution magique ou double de l'humain. Déjà, le langage de l'IA est saturé de projections : elle pense, elle comprend, elle veut. Or, elle ne fait rien de tout cela. Mais ces verbes rassurent : ils rendent lisible un phénomène qui, fondamentalement, nous dépasse.

Ce mécanisme est ancien. Il est à l'œuvre aussi dans les discours racistes, sexistes ou identitaires : au lieu de faire l'effort de comprendre, on plaque une grille. L'Autre devient un type, une menace, un fantasme. À l'image des stéréotypes féminins ou des figures du "mâle arabe" dans certains discours de haine, la fétichisation réduit l'autorité de l'autre en le déshumanisant partiellement.

Une même peur de l'altérité

Ce que ces fétichismes ont en commun, c'est la peur de ce qui échappe. L'IA, en tant que création sans visage, fait peur parce qu'elle dépasse nos repères cognitifs. De même, les populations perçues comme "autres" sont parfois méprisées ou admirées de manière fantasmatique car elles sont vues comme non assimilables.

Dans les deux cas, on tente de se réapproprier symboliquement le pouvoir. En figeant, en stigmatisant, en déshumanisant parfois. Le fantasme devient un outil de protection mentale face à un monde trop fluide, trop incertain, trop menaçant.

La simplification comme violence douce

Fantasmer, c'est rassurer. Mais c'est aussi appauvrir le réel. Dans le cas de l'IA, cela peut conduire à des usages dangereux, parce qu'on surestime ou malcomprend les capacités de ces technologies. Dans le cas des groupes sociaux, cela produit des inégalités, des discriminations, voire des violences.

La fétichisation n'est pas l'amour de l'Autre, mais sa réduction à une fonction, une image, une peur. Elle est une manière d'éteindre le dialogue au profit du fantasme, du slogan, de la certitude rassurante.

Revaloriser la complexité

Face à ces tentations, une réponse éthique s'impose : réhabiliter la complexité. Cela passe par l'acceptation de l'ambiguïté, le refus des raccourcis, et l'effort de déconstruction des imaginaires dominants. Ce n'est pas simple, ce n'est pas rapide. Mais c'est une condition essentielle pour habiter un monde commun sans violence symbolique.

Il ne s'agit pas de nier nos peurs ou nos fantasmes, mais de les reconnaître comme tels. Et de choisir consciemment de ne pas laisser nos représentations gouverner nos rapports au monde.

Fantasmer notre impuissance

Fantasmer l'IA ou fantasmer l'Autre, c'est toujours fantasmer notre impuissance. C'est chercher dans l'image une maîtrise illusoire. Mais il n'y a de véritable humanité que dans la reconnaissance de ce qui résiste à l'image, de ce qui dépasse le symbole. En ce sens, la complexité n'est pas une menace, mais un appel à penser plus large, plus lent, plus vrai.