Le mois de décembre 2025 a surpris par son ambivalence. Tandis que le Portugal enregistrait un épisode inhabituellement pluvieux, ponctué de froids intenses et de chutes de neige localisées, le reste de l'Europe et du monde confirmait une tendance désormais bien établie : celle d'un réchauffement global qui ne faiblit pas. S'il n'a pas battu de records absolus, décembre 2025 s'inscrit néanmoins parmi les mois les plus chauds jamais observés à l'échelle mondiale, consolidant une dynamique climatique qui s'éloigne inexorablement des repères du passé.

Un mois « normal » au Portugal, mais à l'équilibre trompeur
Classé comme « normal » sur le plan des températures et « pluvieux » en matière de précipitations, décembre 2025 pourrait, à première vue, sembler anodin au Portugal continental. Pourtant, les chiffres publiés par l'Institut portugais de la mer et de l'atmosphère (IPMA) révèlent des nuances révélatrices. La température moyenne mensuelle de 9,94 °C dépasse de 0,19 °C la normale 1991-2020, en partie en raison de minimales nocturnes relativement élevées. Les températures maximales, quant à elles, sont légèrement inférieures à la moyenne. En résumé, un mois tempéré, mais ponctué d'anomalies significatives.
La pluviométrie, en revanche, s'est nettement démarquée. Avec 157,8 mm de précipitations, soit 137 % de la normale saisonnière, décembre 2025 s'est classé comme le 7e mois de décembre le plus pluvieux depuis l'an 2000. Ce surplus a permis de mettre fin à la sécheresse modérée qui persistait encore dans certaines régions du sud du pays, notamment les districts d'Évora, Beja et Faro. Néanmoins, cette amélioration ponctuelle ne saurait masquer la vulnérabilité hydrique croissante du territoire face aux changements de régimes climatiques.
Autre fait notable : la survenue d'une vague de froid marquée en fin de mois. Le 26 décembre, près de 45 % des stations météorologiques portugaises ont enregistré des températures minimales négatives. Entre le 21 et le 24 décembre, plusieurs localités du nord et du centre du pays, situées au-dessus de 400 mètres d'altitude, ont été brièvement recouvertes de neige. Un épisode hivernal classique dans les archives météorologiques, mais devenu rare ces dernières années, renforçant son caractère d'événement.
En Europe, un mois anormalement chaud malgré des contrastes locaux
À l'échelle européenne, les données compilées par le programme Copernicus confirment une situation plus préoccupante. Avec une température moyenne de 2,68 °C, supérieure de près de 2 °C à la normale, décembre 2025 s'est imposé comme le 4e plus chaud depuis le début des relevés modernes. La Scandinavie, l'Islande, ainsi que de larges portions du centre et du sud de l'Europe ont connu des températures bien au-dessus des moyennes saisonnières, malgré quelques vagues de froid localisées en France et en Allemagne à la fin du mois.
L'Espagne et le Portugal ont connu une plus grande variabilité, alternant entre des périodes douces et des épisodes plus frais. Cette disparité régionale s'explique par des mouvements atmosphériques fluctuants, mais elle ne remet pas en cause la tendance continentale. Le contraste entre précipitations abondantes dans le nord de l'Europe — notamment en Grande-Bretagne — et sécheresses persistantes dans d'autres zones reflète l'instabilité croissante des régimes météorologiques, un effet bien documenté du changement climatique en cours.
À l'échelle mondiale, une année 2025 chaude, mais dans la continuité du dérèglement
Si décembre 2025 se classe au cinquième rang des mois de décembre les plus chauds jamais enregistrés dans le monde, l'année dans son ensemble atteint la troisième place des années les plus chaudes, derrière 2024 et 2023. La température moyenne globale a été de 13,15 °C, soit 0,49 °C au-dessus de la moyenne 1991-2020. Comparée à la période préindustrielle, l'année 2025 s'est avérée environ 1,47 °C plus chaude — une légère baisse par rapport aux 1,60 °C atteints en 2024, mais largement au-dessus des seuils d'alerte climatique fixés par les accords internationaux.
Cette apparente « baisse » ne doit pas être interprétée comme un renversement de tendance. Elle reflète en réalité un cycle naturel bien connu : la transition d'un épisode El Niño intense vers une phase plus neutre, voire une légère influence de La Niña, qui tend à modérer les températures globales. Les experts du climat insistent sur le fait qu'il s'agit d'une fluctuation interne au sein d'une tendance à long terme. La comparaison faite par plusieurs climatologues — celle d'un escalier roulant qui monte en continu — reste pertinente : même si l'on observe temporairement un palier, la trajectoire reste orientée vers le haut.
Selon Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus pour le changement climatique, « nous allons inévitablement franchir le seuil des 1,5 °C. La question n'est plus de savoir si cela se produira, mais comment gérer au mieux ce dépassement et ses conséquences ». Ce seuil, inscrit dans l'accord de Paris, ne concerne pas une année isolée, mais une moyenne décennale. Or, selon les données actuelles, la décennie en cours s'en rapproche dangereusement.
Un climat durablement transformé
Les chiffres de 2025 confirment un état désormais chronique : le réchauffement climatique n'est plus un scénario prospectif, mais une réalité structurelle. Les 11 dernières années sont aussi les 11 plus chaudes jamais mesurées, toutes décennies confondues. Cette accumulation de records souligne le déplacement progressif mais inexorable du climat terrestre vers de nouvelles normes, plus chaudes, plus instables et plus imprévisibles.
Au Portugal comme ailleurs, les institutions doivent désormais penser le climat non plus comme une variable d'arrière-plan, mais comme un facteur central de toute politique publique. L'agriculture, la gestion de l'eau, l'aménagement du territoire ou encore la sécurité civile sont appelés à s'adapter à une nouvelle donne météorologique. Décembre 2025, avec ses paradoxes apparents — chaleur globale, pluies abondantes, froids brefs, n'est pas une exception, mais un jalon supplémentaire dans une transformation qui semble irréversible.
