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Le cannabis medical en France



En plus de rapprocher les patients d’une médecine essentielle, l’expérience pilote française sur le cannabis médical servira également de test décisif pour le reste de l’Europe. Et, alors que l’une des plus puissantes économies de l’UE explore le cannabis, il convient de rappeler aux spectateurs que le dernier projet pilote n’est pas le premier en France.

En effet, ce pays a une histoire riche, à la croisée de la médecine, du cannabis et des tabous culturels.

Qu’est-ce que le projet pilote français sur le cannabis médical ?

En 2013, la France a légalisé l’utilisation des dérivés du cannabis pour la fabrication de médicaments, mais un marché doit encore se former autour de cette législation. L’agenda de l’actuel projet pilote sur le cannabis n’est pas très différent, seuls les patients ayant une prescription légale ont pu avoir accès aux quelques produits disponibles.

Un an plus tard, les autorités ont permis au Sativex, le premier médicament à base de cannabis, d’entrer sur le marché.

Il s’agit d’un spray buccal de la société britannique G.W. Pharmaceuticals, destiné à traiter les symptômes associés à la sclérose et à d’autres dysfonctionnements musculaires. Par rapport au reste de l’Europe, la France a laissé entrer le Sativex très tard dans le pays.

À l’époque, un porte-parole d’un distributeur de Sativex a déclaré

C’est une bonne nouvelle pour les patients français qui sont presque les derniers en Europe à avoir accès à Sativex. L’autorisation de vendre Sativex en France représente la fin heureuse de trois années de négociations. C’était un cas délicat dans un environnement explosif.

Malheureusement pour les patients, le produit a été commercialisé à un prix de 440 euros. Souvent, les utilisateurs avaient besoin de quatre pulvérisations par jour, ce qui revient à 600 euros par mois. Ces traitements, faut-il le rappeler, étaient également réservés aux personnes ayant de réels problèmes médicaux. En effet, ces patients avaient besoin de ces médicaments, et payer de telles tarifs frise l’immoralité.

L’adoption tardive du Sativex par la France s’explique aussi en partie par la position incroyablement ferme du pays sur tout ce qui concerne le cannabis thérapeutique. Dans certaines circonstances aggravées, des peines de prison à vie et des amendes de près de 8 millions d’euros existent pour ceux qui tentent de fournir ce médicament.

Bien que ce type de sanction soit inhabituel, il constitue une menace pour ceux qui ne peuvent pas avoir accès aux circuits médicaux traditionnels. Dans un cas extrême, les autorités ont arrêté une femme française pour avoir fait pousser 49 plants de cannabis sur sa propriété. Pour sa défense, les plantes n’ont pas été utilisées pour la revente, mais plutôt pour soulager ses symptômes associés à un cancer en phase terminale.

Depuis lors, cependant, beaucoup de choses ont changé. La France cherche à assouplir ces lois suite à l’examen approfondi du rôle du cannabis en médecine. C’est en partie pour cette raison que l’expérience pilote sur le cannabis a été lancée en France.

Le projet pilote français sur le cannabis a débuté en septembre 2018, lorsque l’ANSM, l’agence française de santé chargée d’évaluer les risques associés aux produits médicaux, a formé un comité de 13 membres (CSST) pour explorer ce sujet précis. Selon l’agence, le comité serait chargé d’examiner toutes les "données scientifiques disponibles et l’expérience d’autres pays" et d’évaluer les utilisations thérapeutiques et médicales similaires du cannabis en France.

Les membres de ce comité sont principalement des professionnels de la santé, dont des pharmaciens, des neurologues, des experts de la sclérose et de la douleur, ainsi que divers universitaires.

La première recommandation du comité, en décembre 2018, était positive et indiquait quelles conditions médicales pouva

Selon cette première série de recommandations, les patients éligibles devraient également être suivis de près afin de peser les avantages et les risques associés à un médicament à base de cannabis. Le comité a également indiqué plusieurs méthodes d’administration préférées, dont le tabagisme était exclu.

Selon les rapports, nombre de ces conclusions de décembre 2018 étaient basées sur des recherches disponibles dans le monde entier.

La deuxième et dernière série de recommandations a fait surface en juin 2019. Le comité a détaillé les détails de la formation d’un tel marché, y compris les canaux de distribution, les types de produits, les mécanismes de suivi des patients et les conseils sur les meilleures façons de consommer ces produits. Le comité a conclu avec un cadre de base pour la mise en œuvre pratique d’un marché opérationnel de cannabis médical.

Un mois après que le cadre suggéré ait été présenté, l’ANSM a donné son feu vert au projet pilote et a noté que la mise en œuvre commencerait plus tard en 2019. Plus précisément, l’essai doit durer deux ans et dépendra fortement des importations pour approvisionner l’expérience du cannabis en France, selon des sources proches du dossier.

Le début de la première phase de six mois a été lancé en octobre 2019, suite à deux directives formelles de l’ANSM. 

Et c’est là que le pilote se situe pour l’instant. Peu de rapports officiels ont encore vu le jour, mais il faut s’attendre à ce que les données commencent à affluer d’ici mai 2020.

Bien que ce qui précède semble effectivement prometteur pour l’avenir du cannabis français, une tendance similaire s’est manifestée dans le pays il y a près de 200 ans.

Un souffle du passé - l’histoire de la France avec le cannabis

Alors que le gouvernement français cherche à réformer les lois nationales sur les drogues pour faire face à l’augmentation des incarcérations liées à la drogue et à la demande populaire croissante de légalisation du cannabis, il n’y a pas de meilleur moment que maintenant pour explorer l’histoire largement méconnue et vivante du cannabis dans la France coloniale.

"Taming Cannabis : Les drogues et l’empire dans la France du XIXe siècle", de Guba, présente cette histoire intrigante lors de sa sortie en août 2020. Avant la publication de ce récit, les membres de la communauté du cannabis disposent encore d’une pléthore de ressources pour examiner l’histoire du cannabis en France.

Cette histoire est profondément liée aux ambitions coloniales du pays et, plus particulièrement, à l’importation de haschisch.

Dans les années 1830 et 1840, le haschisch est devenu l’objet de soins médicaux et considéré comme une sorte de "médicament miracle". Les médecins et les pharmaciens le prescrivaient, souvent à tort, pour tout, de la peste au choléra en passant par les maladies mentales. Dans un article paru dans The Conversation, Guba a déclaré que les professionnels de la santé "ont mis leur carrière en jeu en publiant des mémoires, des monographies et des articles de synthèse sur les bienfaits du haschisch sur le plan médical et scientifique".

Guba souligne également avec perspicacité les aspects sociaux de l’engouement initial pour le cannabis. Dans la mesure où le haschisch était importé d’Afrique du Nord, le produit a été associé au monde musulman. Nombre de ces associations sont restées intactes alors que l’industrie entre dans la nouvelle décennie. Une telle dynamique peut être très problématique pour plusieurs raisons.

Ce qui émerge souvent, c’est un stéréotype entre certaines données démographiques et certains comportements ou produits. Ces stéréotypes se traduisent généralement par des politiques publiques inexactes ou inefficaces dans le monde entier.

L’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a indiqué que si "la consommation de marijuana est à peu près égale chez les Noirs et les Blancs, [...] les Noirs ont 3,73 fois plus de chances d’être arrêtés pour possession de marijuana". Cette statistique est révélatrice de nombreuses caractéristiques de la société américaine au sens large, dans laquelle les préjugés raciaux au sein du système judiciaire ne sont qu’un des éléments.

Dans son exposé sur le TED, Dorothy Roberts, une universitaire américaine et défenseur de la justice sociale, a expliqué que " la médecine laisse également les patients de couleur particulièrement vulnérables aux préjugés et aux stéréotypes nuisibles.

La France souffre d’un problème similaire en ce qui concerne sa population musulmane. La montée du populisme d’extrême droite au cours des dix dernières années en est la preuve. Aujourd’hui, et comme le soutient Guba, la France doit "dissocier les substances intoxicantes et les médicaments à base de cannabis des notions coloniales d’altérité "orientale" et de violence musulmane".

Si elle ne le fait pas, l’accès aux médicaments pourrait être faussé pour la population touchée, en l’occurrence les musulmans français.

En résumé, il est essentiel de comprendre les nuances culturelles d’un pays pour mettre en œuvre des politiques efficaces. Alors que les citoyens français se préparent à ce qui pourrait être un moment charnière dans leur relation avec le cannabis, il est important de maintenir cette thèse au premier plan.

Ne pas voir le tableau d’ensemble, et pas seulement sur le plan médical, pourrait entraîner des bouleversements à long terme.




Mots clés : santé -